Remédiation des troubles des apprentissages

« De la rééducation à la compensation. »

(1ère partie)

Voici les premières impressions et messages relevés lors de la 5° journée scientifique commune CERTA/Résodys du 23 mai 2014 sur le thème de la remédiation des troubles des apprentissages…

Le Dr Habib, neurologue à Marseille, a introduit cette journée de formation par un rappel sur la plasticité cérébrale, soit la capacité du système nerveux central à modifier sa structure et sa fonction en réponse d’un stimulus externe. Des études ont montré que chez les patients dyslexiques, la zone du cerveau qui différait était le faisceau arqué, et qu’une rééducation pouvait non seulement modifier la zone atteinte mais également recruter d’autres zones du cerveau en compensation.

Le Dr Pouhet, médecin rééducateur à Angoulème, nous a ensuite questionné sur la rééducation et/ou/puis la compensation. S’il est important de réaliser un bilan initial pour repérer les symptômes, il semble primordial d’élaborer un projet thérapeutique évolutif et en équipe pour pouvoir conjointement entraîner, rééduquer et compenser dans le temps. Il précise que la compensation est nécessaire si le bilan évolutif montre que l’écart à la norme s’accroît et met en garde sur la mesure isolée des progrès de l’enfant présentant des troubles d’apprentissages. En effet, un enfant qui progresse mais dont l’écart à la norme grandit ne pourra pas répondre aux exigences scolaires. Dans ce cas, la compensation est nécessaire pour éviter à l’enfant la double tâche et lui permettre de réfléchir, comprendre et apprendre. Le but étant que l’élève ait des aides adaptées et devienne autonome dans la gestion de celles-ci.

Florence George, orthophoniste, et Catherine Pech, phoniatre à Marseille, nous ont fait part des derniers développements de l’étude d’espacement des lettres dans la dyslexie. Le crowding est l’altération de la reconnaissance des lettres en raison de l’interaction spatiale due à la proximité des lettres adjacentes. Les patients dyslexiques présente un déficit important à ce niveau. L’étude a étudié comment améliorer la lecture chez ces personnes en modifiant la présentation des textes au niveau des espaces (lettre/mots/lignes), sans pour autant modifier la taille et la police des caractères. Chez les patients présentant des troubles de vitesse, la lecture est améliorée en espaçant les lignes (double interligne). Les patients faisant des erreurs de lecture sont facilités en espaçant à la fois les mots et les lettres entre les mots mais en laissant une simple interligne. Enfin, pour les patients présentant à la fois des difficultés dans la vitesse et la qualité de la lecture, il est préférable d’espacer à la fois les lettres, les mots et les lignes. L’amélioration se fait sans entraînement dans tous les lieux de vie (scolaire, domicile, loisirs, rééducation…) au niveau de la vitesse et de la précision de lecture.

Valérie Bon, neuropsychologue, et Anne Gaëlle Lefèvre, orthophoniste à Orpierre, nous ont parlé de la nécessaire collaboration entre les deux professions dans la rééducation des dysphasies.

Le Dr Habib a partagé son expérience de 5 ans de fonctionnement au sein du SESSAD spécialisé dans la rééducation des troubles exécutifs des dyslexiques. Les fonctions exécutives sont possibles grâce à un ensemble de boucles associatives entre le cortex cérébral, le stratum, le pallidum et le thalamus. Il s’agit du « cold executive » évaluable par de nombreux tests cognitifs de mémoire de travail, de flexibilité… Mais le Dr Habib souligne qu’il existe un autre système exécutif limbique, basé sur l’émotionnel, l’affectif et la motivation: il s’agit du « hot executive », évaluable par des tests avec motivation et implication de récompenses. Lors des exercices de rééducation classique, une relation étroite est établie entre les différents professionnels: le psychomotricien apparaît précurseur des fonctions exécutives (aspects temporels, séquentiels et spatiaux), le neuropsychologue rééduque l’opérationnalisation des fonctions exécutives (méthodologie, rééducation cognitive et métacognitive…) et l’ergothérapeute intervient dans la mise en application des fonctions exécutives au quotidien. Le cogmed est un jeu vidéo qui permet une approche différente de la rééducation classique et peut permettre, chez des patients avec des formes moins sévères, de rééduquer des troubles exécutifs de manière moins complète mais plus ciblée, avec une récompense à l’appui à travers le jeu et donc l’intervention du « hot executive ».

La suite du compte rendu par Amandine ici.