Remédiation des troubles des apprentissages

« De la rééducation à la compensation. »

(2nde partie)

Interventions de l’après midi du 23 mai 2014 de la 5e Journée scientifique CERTA/Resodys
Remédiation des troubles des apprentissages : de la rééducation à la compensation

Valérie Barray, ergothérapeute, a présenté son approche lors de difficultés en mathématiques auprès d’enfants avec des troubles spécifiques des apprentissages. Elle effectue une recherche systématique d’éventuelles difficultés lors d’un bilan complet, même lorsque cela n’est pas mentionné dans l’anamnèse. La passation de TEDI-MATH évalue les compétences de bases, il est étalonné de la moyenne section de maternelle au CE2. L’approche présentée est séquencée en plusieurs étapes : Scinder la prise en charge en grands domaines (numération, comptine, dénombrement, calcul mental, résolution de problèmes…) ; Apporter une remédiation conceptuelle et/ou un apprentissage procédural explicite ; Systématiser son application dans des jeux ou des situations plus scolaires ; Proposer des compensations. En conclusion, Valérie Barray note que les prises en charges sont plus longues chez les enfants avec des troubles de l’acquisition des coordinations que ceux avec troubles du langage écrit et insiste sur l’importance d’une prise en charge précoce car ce retard impacte rapidement sur les apprentissages mathématiques et il serait difficile à rattraper pour l’entrée en 6e.
Cette intervention n’a pas été sans réaction de la part d’orthophonistes pratiquant le rééducation de la dyscalculie, du fait du statut d’ergothérapeute de Valérie Barray. Un débat a donc éclot sur les spécificités de chaque professionnel, qui a été conclu par le Dr Habib, en bon modérateur, rappelant l’intérêt des diversités de pratiques notamment dans le cadre de cette journée scientifique.

Jean-Pierre Walch, neuropsychologue au Sessad Les Lavandes, nous a présenté l’impact fonctionnel et les axes de remédiation dans un cas de dyslexie visuo-attentionnelle.

Catherine Pech, phoniatre, et Florence George, orthophoniste, du CERTA, ont abordé la compensation à l’aide d’EVALAD chez l’adolescent et le jeune adulte présentant une dyslexie. L’outil EVALAD évalue le langage écrit et les compétences transversales chez les adolescents avec des épreuves qui leur sont adaptées, permet un diagnostic fiable en 1h environ. Sont traités : la lecture chronométrée, l’orthographe chronométrée, la mémoire auditive, l’attention auditive, l’attention visuelle, la conscience phonologique. Cet outil permet de préciser les difficultés persistantes, dégager des axes personnalisés de rééducation, d’envisager l’arrêt de séances orthophoniques et de réorienter vers des logiciels, un suivi en ergothérapie ou autre. La résistance du handicap doit être compensée chez le lycéen par des aménagements scolaires ou l’obtention d’un tiers temps pour les examens.
Les compensations proposées pour les difficultés orthographiques
– Utiliser des livres et textes aérés (espacement mots/lettres/lignes, police adaptée)
– Lors de cours illisibles ou incomplets : aider à la prise de note avec la leçon donnée en début de cours, la récupérer sur clé USB ou en photocopie, l’utilisation d’un dictaphone,
– Tutorat d’un bon élève
– Tolérance orthographique et adapter le système de notation
– Privilégier l’évaluation par l’oral.
Les compensations proposées lors de persistance de difficultés massives liées à la dyslexie et difficultés graphiques :
– Utilisation de l’outil informatique, accompagné du suivi en ergothérapie, avec les logiciels nécessaires (synthèse vocale, dictée vocale, correcteur orthographique, prédiction de mots,…)
Les compensations proposées lors de lenteur :
– Temps supplémentaires pour contrôles
– Exercices aménagés ou allégés
– Notation sur les 3/4 du travail
Les compensations proposés lors de troubles mnésiques ou attentionnels :
– Proposer des fiches outils
– Aides mémoires, Fiches avec procédures simplifiées
– Eviter les consignes multiples, les séquencer.

Anne Gombert, de l’ESPE d’Aix en Provence, a conclu la journée par son intervention sur les intérêts et limites des adaptations pédagogiques dans les troubles « dys ». Sur base du Guide pour la scolarisation des enfants et adolescents handicapés de 2012, Anne Gombert développe le concept d’adaptation pédagogique (le moyen) permettant l’accessibilité pédagogique (l’objectif et principe). L’enseignant nécessite de différencier son approche dans un groupe classe du fait de son hétérogénéité, ce qui ne modifie pas la difficulté des taches et les critères d’évaluations. Cependant, il nécessite d’adapter son approche en fonction des besoins particuliers de l’élève en difficulté d’apprentissage. Les difficultés de taches et les évaluations seront ou non modifiées, l’approche est individualisée. Switlick, en 1997, apporte un éclairage sur la hiérarchisation des adaptations :

  • L’accommodement : relecture d’une consigne, toilette de supports pédagogiques…
  • L’ajustement conceptuel : texte plus court avec mêmes exigences de connaissances…
  • L’enseignement parallèle : mots (vs dictée complète)…
  • L’enseignement coïncident : recherche d’évènements historiques sur frise (vs coloriage d’une frise)

En clair, l’élève avec des besoins éducatifs particuliers, sera toujours relié aux autres élèves sur le savoir mobilisé.

Anne Gombert poursuit ensuite par le « comment adapter ». Le principe est de ne plus regarder la déficience, mais son fonctionnement ; elle le développe à partir d’un exemple concret : L’adaptation d’une consigne écrite pour un élève avec difficultés de planification cognitive :
exemple adaptations
Formalisation du raisonnement pédagogique :
– Repérer les difficultés : difficultés pour organiser les actions
– Les traduire en Besoins Educatifs : le besoin qu’on organise les étapes de la planification
– Analyser la situation didactique : cette consigne ne lui permet pas de comprendre l’ensemble de l’exercice à faire (consigne multiple, présentation…)
– Décliner les besoins en adaptations pédagogiques : séquencer les taches et simplifier les phrases, exemple d’adaptation :
ex adapté
– Analyser les savoirs : les objectifs pédagogiques fixés sont ils, ou non, dénaturés ?
– Interroger la diffusion : à qui proposer cet exercice adapté : l’élève ? certains ? la classe ?

Anne Gombert conclut en présentant une typologie des adaptations pédagogiques pour les élèves avec troubles du langage écrit :

typologie adaptations
Pour la première partie du compte rendu par Marie-Line, c’est ici.