Les adaptations des supports pédagogiques

Lorsque des troubles dys sont décelés chez un enfant, certains professionnels préconisent des adaptations pédagogiques.

Le terme de « troubles dys » regroupe les troubles spécifiques des apprentissages ; les principaux étant la dyslexie (trouble de la lecture), la dyspraxie (trouble de l’automatisation du geste), la dysphasie (trouble du langage oral), la dyscalculie (trouble des apprentissages numériques), et les troubles de l’attention.
Les adaptations pédagogiques sont les aides à mettre en place dans le cadre scolaire afin de soulager l’enfant de ses difficultés, en l’occurrence, liées au trouble dys. Parmi ces adaptations, nous connaissons le tiers temps, temps supplémentaire accordé à l’enfant lors de contrôles ou d’examens officiels, la reformulation de consignes, ou les cours passés par clé USB.

Les adaptations de supports pédagogiques entrent donc dans ce cadre : elles indiqueront comment présenter le document fourni à l’enfant, pour que l’élève puisse rendre compte de ses connaissances malgré son (ou ses) trouble(s) dys.

De la nécessité d’adapter les supports pédagogiques

Les troubles spécifiques des apprentissages engendrent des difficultés à sélectionner l’information sur la feuille ou le tableau, la traiter, organiser et/ou restituer ses connaissances. Ces difficultés se traduisent par des situations de handicap : j’ai du mal à lire, à écrire, à organiser mes idées, ou à percevoir une ville sur une carte géographique etc.

Concernant la sélection et le traitement de l’information :

Ainsi une surcharge d’informations, d’illustrations ou simplement une taille de police trop petite, et l’élève devra en premier lieu prendre un temps considérable pour faire le tri visuellement, rechercher son information, s’appliquer à la lire et à la comprendre tout en faisant abstraction d’éléments pouvant être distracteurs… Le processus de traitement de l’information peut donc être altéré uniquement par le support proposé. Ceci peut avoir une répercussion sur la qualité du retour attendu : une consigne mal traitée risque d’induire une réponse incomplète voire inadaptée.

Concernant l’organisation et la restitution de l’information :

Face à une consigne contenant plusieurs étapes comme « souligner en rouge les sujets et en vert les verbes », l’élève peut ne faire que la première étape par manque d’organisation.
Également, la copie de consignes ou des lignes rapprochées les unes des autres peuvent pénaliser l’enfant dans la restitution pure de connaissances de part la fatigue gestuelle ou visuelle engendrée. L’enfant peut donner des réponses incomplètes ou illisibles par manque de temps, manque de place ou va compenser en réduisant ses phrases…

L’élève avec des troubles dys peut donc être mis en difficultés par des critères de présentation : il peut ne pas faire le bon exercice, ne pas avoir le temps de finir son contrôle, ne pas être lisible, oublier une partie de la consigne, ne pas faire l’exercice car sa lecture est trop lente, ou parce qu’il n’a pas compris la consigne… Cela peut être considéré comme des erreurs, un manque de volonté, d’investissement voire une flemmardise et l’élève peut également être pénalisé dans la notation ou dans la charge de travail (poésie à finir ou à recopier de nouveau).

En définitive, parce que le diagnostic n’est pas posé, ou parce que certaines informations n’ont pas été transmises, l’élève peut se retrouver en situation d’échec… alors qu’il connait ses leçons mais qu’il est en difficulté pour les restituer. Il peut se retrouver à faire « toujours plus de ce qui ne marche pas » (Dr Mazeau, L’enfant dyspraxique et les apprentissages) au travers de devoirs supplémentaires, qui occasionneront fatigue et tensions familiales.

L’adaptation des supports pédagogiques a donc pour but de rendre accessible les informations (textes, consignes,…) données à l’élève. En effet, il va pouvoir traiter ces informations, mais aussi restituer ses connaissances. L’adaptation de ces supports permet de ne pas le mettre dans une situation de handicap liée à son trouble…

Comment adapter?

L’adaptation doit être réfléchie à partir des capacités et incapacités de l’enfant d’une part, et de l’objectif pédagogique de l’exercice d’autre part. Aussi, la modification de la forme de la consigne ou du texte ne doit pas dénaturer cet objectif.

Les difficultés d’apprentissage de l’enfant sont fonction du ou des troubles qu’il présente, mais les compétences préservées sur lesquelles l’enfant peut s’appuyer sont tout aussi importantes. Les bilans des différents professionnels complètent et donnent des précisions sur les éléments percevables en classe (par exemple : la qualité de lecture, de repérage sur soi ou sur un espace, d’exploration visuelle, les compétences d’organisation ou séquençage d’une tâche).

Lors de la journée Certa/Résodys, Anne Gombert, maître de conférence à l’ESPE, a présenté une méthodologie pour faciliter le « comment faire » en plusieurs étapes. J’ai essayé d’illustrer ces étapes

1. Par rapport à l’enfant :

  • Repérer les difficultés : observation en groupe classe, lecture des bilans
  • Les traduire en besoins éducatifs : le « comment l’aider »

2. Par rapport à la consigne / au document :

  • Analyser la situation didactique : évaluer si le document peut mettre l’élève en situation de handicap
  • Décliner les besoins en adaptations pédagogiques

3. Evaluation des adaptations proposées

  • Analyser les savoirs : les objectifs pédagogiques sont-ils dénaturés ?
  • Interroger la diffusion : A qui proposer cette adaptation ? L’élève, un groupe ou la classe ?

Voici un exemple :
Un support a été diffusé dans la classe d’un élève de CE1, qui présente une dyspraxie visuo-spatiale isolée (sans autre trouble associé).

Cet enfant présente notamment une difficulté au repérage spatial dans une feuille ou un texte, et au graphisme (grosses lettres, lenteur ou illisibilité, fatigabilité…).
Il nécessite des documents épurés, des consignes simples, un espace de graphisme avec des repères et suffisamment large.

Que va manger Crustacé initial

On va donc chercher à simplifier cette page en espaçant les exercices et surtout les mettre dans le même sens, mettre un cadre repérant sur la feuille, arranger la zone de texte avec un lignage adapté pour limiter la fatigabilité au graphisme… Ce qui donnerait ceci, sur 2 pages :

Que va manger Crustacé 2

Que va manger Crustacé 3

Ceci est bien entendu un exemple d’adaptation.

Les différents compte-rendu de bilans neuropédiatriques, neuropsychologiques, orthophoniques ou ergothérapiques vous donneront des clés pour adapter les supports de l’élève en difficulté.
Vous trouverez également dans les articles résumant la 5e journée scientifique CERTA/ Résodys, des adaptations indiquées pour certains troubles, notamment dyslexie, dysgraphie, troubles exécutifs… :
1ere partie / 2e partie

Qui adapte?

Il arrive que les parents fassent ce travail, avec la collaboration de l’instituteur/trice. J’ai donc vu des parents scanner et modifier des polycopiés pour la semaine de leur enfant, ou passer des vacances à adapter les fichiers pour l’année à venir. Cependant, il est important de noter que ce travail de préparation fait partie du rôle de l’enseignant ou de l’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire), lorsqu’elle est accordée par la MDPH. La mise en place de ces adaptations peuvent prendre du temps ; toutefois il arrive qu’elles soient utiles à plusieurs élèves du même groupe classe, et que certains supports adaptés soient diffusables à l’ensemble du groupe classe.

Lorsqu’il y a un suivi en ergothérapie, nous travaillons avec l’enfant certains repères et stratégies pour qu’il puisse mieux intégrer ces aides lors du travail en classe (le cadre coloré et le lignage sur cet exemple). Ces adaptations sont évolutives et nous vous (enfant, parent, enseignant) accompagnons dans ces démarches.

Adapter les supports d’un élève en difficulté, c’est donc lui donner la possibilité d’exploiter des informations, de manipuler des connaissances et de les restituer. C’est prendre en compte ses compétences et les valoriser.

« Adapter, c’est éviter de transformer une situation d’apprentissage en situation de handicap » SARRALIE C. « Jouer sur toutes les variables », Cahiers pédagogiques n°459, janvier 2008, pp.20